Début de la révolte gauloise


En 58 av. J-C, Jules César entreprend, à la tête de ses légions, la conquête progressive de la Gaule. Ce vaste territoire peut lui apporter de nombreuses richesses, et un succès pourrait s’avérer décisif pour forcer son accession au pouvoir à Rome.

Campagne après campagne, à force de persévérance, de ruses et d’alliances de circonstances, mais surtout grâce à la formidable discipline et à la combativité de ses légionnaires, le général romain parvient à vaincre les Belges, puis les peuple d’Armorique. Les révoltes sporadiques sont brutalement réprimées dans le sang. Après plusieurs années, au début de 52 av. J-C, sa victoire semble définitivement assurée. 

Malgré tout, certains peuples gaulois refusent de se résigner à l’occupation romaine. Parmi eux, les Carnutes, dans l’actuelle région de Chartres, se posent en défenseurs de l’indépendance gauloise. Dans la célèbre forêt des Carnutes, ils préparent un véritable soulèvement. Leur plan est simple : profiter de l’hiver pour attaquer l’armée romaine retranchée dans ses quartiers.
Leur premier objectif d’importance est Cebanum – l’actuelle Orléans – qui est occupé par des marchands romains et peu protégée.

Le 23 janvier 52 av. J-C marque le début de la révolte générale des gaulois. Les Carnutes mènent une expédition punitive contre cette cité. Leurs chefs, Cotuatos et Conconnétodumnos, ordonnent le massacre de tous les citoyens romains. L’intendant de César, Caius Fufius Cita est sauvagement assassiné.

La nouvelle du massacre de Cebanum se répand très vite et fait grande impression parmi les autres peuples gaulois. Dans la région arverne notamment, un homme va saisir l’occasion pour mobiliser ses troupes contre les légions romaines. Fils d’un ancien roi des arvernes, il se heurte d’abord à la vieille aristocratie pro-romaine, mais à force de persévérance, il parvient à se faire élire chef, et réussit à rallier de nombreux autres peuples autour de lui. Son nom : Vercingétorix…

Les origines de Vercingétorix


Chef gaulois né en pays Arverne vers 72 av JC, mort à Rome en 46 av JC, Vercingétorix, est le fils de Celtill chef des Arvernes. Ce dernier, trop ambitieux est condamné à mort par les autres chefs. Resté seul Vercingétorix est épargné et conserve la fortune de son père.. Son nom est en fait un titre militaire qui signifie "grand roi des guerriers". 

C'est un noble qui a suivi l'enseignement des druides : il est issu d'une des plus grandes et des plus puissantes familles de la tribu des Arvernes.

Pour contrer l'invasion romaine, il parvient à organiser une grande coalition gauloise, dès 52 av. J.-C. 


Mais avant cette date, il est fort probable que Vercingétorix ait pu combattre aux côtés des légions romaines. En effet, depuis -120 avant J.C., le

territoire arverne a signé un traité de neutralité avec Rome. Avant de combattre César, Vercingétorix aurait pu combattre pour lui, notamment pour repousser les Helvètes, et les Germains. 

Certains historiens estiment que Vercingétorix n'aurait pas pu devenir le grand général expérimenté et aussi célèbre dans le monde gaulois sans s'être fait un nom dans les légions romaines.

La tactique de Vercingétorix


Vercingétorix, tout au long de cette année -53, va montrer un réel talent militaire et politique et donner du souci à l'un des stratèges romains les plus talentueux. Son action prend deux formes : il organise la résistance sous forme de guerre de harcèlement (à laquelle la géographie gauloise se prête excellemment) en recourant à la politique de la terre brûlée, ayant compris que l'armée romaine était très dépendante de la logistique de son ravitaillement et il s'emploie à fédérer le plus grand nombre possible de tribus de Gaule contre Jules César.

En janvier -52, il lance de multiples ambassades auprès de peuples gaulois pour tenter de les rallier, n'hésitant pas à garantir l'alliance par l'échange d'otages. Il tente de s'imposer aux Éduens(dans l'actuelle Saône-et-Loire), alliés des Romains ou, à tout le moins, de les neutraliser. Il envoie un de ses alliés, le cadurque Luctérios, vers le sud, au contact de la province narbonnaise et réussit à retourner les Rutènes et leurs alliés. La Narbonnaise est ainsi directement menacée. Vercingétorix réussit lui-même à gagner à sa cause les Bituriges, normalement membres de la confédération éduenne. Il inspire rapidement une union des peuples du centre et de l'ouest de la Gaule contre le proconsul.

César, sentant le danger imminent d'une insurrection générale de la Gaule, interrompt son séjour en Cisalpine et rejoint fin janvier Narbonne pour rétablir la confiance. Dans un geste tactique audacieux, il traverse la Cévenne enneigée, menaçant le pays arverne, et de là, rapidement, rejoint Agedincum (Sens) plus au nord. Il y retrouve en février six légions cantonnées pour l'hiver pour lutter contre la sédition qui se répand au centre de la Gaule, quatre autres légions restant réparties sur la frontière avec les Trévires et celle avec les Germains.

Les campagnes du printemps -52


Vercingétorix met en œuvre sa stratégie : éviter l'affrontement direct avec les légions, épuiser l'armée romaine par une course poursuite en créant des « abcès de fixation successifs » et en lui supprimant toute capacité à se nourrir sur l'habitant grâce à la politique de la terre brûlée.

Voyant César concentrer ses forces, il reprend l'offensive et affronte les Boïens un peuple allié de Rome et surtout membre de la confédération éduenne, testant ainsi sa solidité et défiant le seul peuple gaulois qui lui résiste. Il met le siège devant l'oppidum de Gorgobina (près de Sancerre). Mais le talent et l'intelligence stratégiques de Jules César permettent à ce dernier de bénéficier de l'aide logistique des Boïens, les Rèmes (région de Reims), et surtout les Éduens, en passant des pactes avec tous ceux longtemps réticents à rejoindre les troupes arvernes et la coalition gauloise.

Ainsi, Jules César, après un passage au travers de la Brie ravagée, parvient à prendre la ville de Cenabum (Orléans) qu'il pille et livre aux flammes, puis traverse la Sologne à son tour désertée et assiège Avaricum (Bourges) qui n'a pas brûlé. On s'interroge sur la raison de cette préservation de la ville par les Gaulois, alors que plus de vingt villes des Bituriges avaient brûlé peu avant. César dit que Vercingétorix s'est laissé fléchir par les notables Bituriges qui veulent préserver la ville. Christian Goudineau, résumant les débats historiographiques, penche pour une tactique délibérée de Vercingétorix qui veut « fixer » les légions : les exposer à la guerre d'usure des Gaulois dans un siège long d'une place réputée inexpugnable, pour mieux les détruire lorsqu'elles seront suffisamment affaiblies.

La tactique a échoué grâce à l'art remarquable de César en matière de siège qui n'hésite pas à créer un camp retranché par ses légionnaires malgré un climat peu agréable et réussit après de longues semaines à investir la ville. Des dizaines de milliers de défenseurs sont exterminés.

La victoire de Gergovie en juin -52



Mur de l'oppidum sur le plateau de Gergovie. Vercingétorix remonte alors la rive droite de l'Allier ; César le poursuit rive gauche.


Vercingétorix, fidèle à sa tactique, s'enferme dans Gergovie, près de l'actuel Clermont-Ferrand. César, dans ses Commentaires, prétend qu'il atteint son but de « rabattre la jactance gauloise et redonner du courage aux siens55 », tout en ayant limité ses pertes à 700 légionnaires, alors que les autres auteurs font état d'un revers inquiétant de César : Plutarque précise que tout allait bien « jusqu'au moment où le peuple éduen entra à son tour dans la guerre. En se joignant aux rebelles, ils provoquèrent un profond découragement dans l'armée de César. C'est pourquoi, celui-ci leva le camp »56.

César prend la route du nord-ouest pour faire sa jonction avec les troupes de Labiénus et réprimer la révolte des Sénons. Pendant ce temps, l'insurrection se généralise. Vercingétorix parvient à reprendre son titre de chef des Arvernes et à rallier les Éduens à sa cause. Il s'efforce de les lancer contre la Province romaine pour achever de déstabiliser César. Mais il n'y réussit pas.

Vercingétorix s'impose définitivement comme chef de guerre de la coalition gauloise à Bibracte57. Une grande partie des peuples gaulois est alors unifiée pour la première fois de son histoire. Il veut probablement défaire César de manière définitive, et croit en sa supériorité, bien que la moitié de ses troupes potentielles ne lui soient pas encore parvenues (elles constitueront l'armée de secours à Alésia).



La bataille finale d'Alésia


C'est à Alésia que se joue l'ultime bataille de la guerre des Gaules. Jules César y fait construire une double fortification autour de la place-forte : une ligne de travaux défensifs et de larges fossés sont édifiés pour empêcher les assiégés de sortir. 

Malgré une armée de secours, Vercingétorix est contraint d'admettre sa défaite et rend les armes. Il est mené en captivité à Rome puis meurt à la prison du Tullianum, sans doute étranglé. En -51, la Gaule est donc entièrement soumise.

La politique d'assimilation et d'acculturation qu'impose partout les Romains transforme petit à petit le territoire, faisant bientôt des Gaulois, des Gallo-romains. Ce sont surtout les nobles gaulois, qui disposent de poids politique à Rome et de nouveaux avantages commerciaux, qui implantent la culture romaine en Gaule.




A propos de sa reddition


C’est César lui-même qui, dans sa Guerre des Gaules, raconte que Vercingétorix est amené devant lui et jette ses armes en signe de soumission.

Un autre historien antique, le grec Dion Cassius (155-235) donne une version différente des faits :

« Après la défaite, dit-il, Vercingétorix, qui n’avait été ni pris, ni blessé, pouvait fuir ; mais espérant que l’amitié qui l’avait uni autrefois à César lui ferait obtenir grâce, il se rendit auprès du Romain sans avoir fait demander la paix par un héraut, et parut soudainement en sa présence au moment où César siégeait dans son tribunal.

L’apparition du chef gaulois inspira quelque effroi, car il était d’une haute stature et il avait un aspect fort imposant sous les armes, Il se fit un profond silence. Vercingétorix tomba aux genoux de César, et le supplia en lui pressant les mains, sans proférer une parole.

Cette scène inspira la pitié des assistants, par le souvenir de l’ancienne fortune de Vercingétorix comparée à son malheur présent. César au contraire lui fit un crime des souvenirs sur lesquels il avait compté pour son salut ; il mit la lutte récente en opposition avec l’amitié que Vercingétorix rappelait, et par là, il fit ressortir plus vivement l’odieux de sa conduite. Ainsi, loin d’être touché de son infortune en ce moment ; il le jeta sur le champ dans les fers, et le fit mettre plus tard à mort ».


Statère de Vercingétorix 

Dans une correspondance d'octobre 1879 qu'il adresse à son ami l'ancien sous-préfet de Péronne Georges Vallois, Alfred Danicourt revient sur la création de son médaillier et sur la carte gauloise pour laquelle il précise alors :

" je viens d'acheter un Vercingétorix d'or qui me coûte le blanc des yeux ".

Danicourt ne sait pas encore que par ce coûteux achat, il offrira a posteriori à la ville de Péronne l'un des joyaux des collections de son musée municipal.

Cette monnaie exceptionnelle et unique, est un statère de 7,44 g en or et 19 mm de diamètre, représentant sur l'avers un portrait masculin de profil regardant à gauche, et sur le revers un étalon courant à droite, encadré d'un croissant de lune et d'une amphore.




A ce jour aucune sculpture antique figurant le chef gaulois n'a été découverte, et les monnaies gauloises seraient donc les seules représentations que nous possédons de lui. Le conditionnel reste en effet de mise car rien ne prouve que le portrait des monnaies, imberbe et cheveux bouclés, parfois casqué, soit ressemblant.
Vers la fin du 2e siècle (120-100) av JC, certains peuples de la Gaule indépendante font évoluer ce monnayage. Ils abandonnent l'étalon-or (statère) d'inspiration grecque au profit de l'étalon-argent (denier) d'inspiration romaine. Ainsi, le nouveau denier gaulois créé vaut un demi-denier romain (quinaire).
Ce nouveau système monétaire gaulois s'établit dans tout le Midi ainsi que chez les peuples en contact avec la province romaine de Transalpine, tels les Aedui, Allobroges, Arverni, en particulier sur le grand axe du Rhône et de la Saône. Les échanges commerciaux sont ainsi grandement facilités entre monde celte et monde romain. La conquête, monétaire d'abord, a commencé.
Après la conquête militaire de la Gaule (2e moitié du 1er siècle av JC), la monnaie romaine s'impose lentement mais irrémédiablement, et supplante les monnaies gauloises. Sous l'Empire romain (1er siècle), la Gaule monétaire fonctionne majoritairement autour des aureus, deniers, quinaires, as et sesterces. Le sesterce, bien que popularisé par les albums d'Astérix le Gaulois, est donc bien une monnaie romaine, d'abord en argent puis en bronze et en laiton.

Aujourd'hui précieux outil pour l'étude des liens entre les différents peuples de la Gaule et le reste du monde antique, la monnaie fut donc d'abord support du commerce, offrande, trésor, objet de prestige, vecteur politique, ou nerf des révoltes.

Sur le socle, dessiné par Viollet-le-Duc, est gravée l'inscription :

La Gaule unie
Formant une seule nation,
Animée d'un même esprit,
Peut défier l'Univers.

CelebritiesHistoire de FranceAntiquité
03 Jul, 2020
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9 months ago

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