En mode 3D.

Les machines à rêve sont à l’œuvre.
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Les machines à rêve sont à l’œuvre. Avec les imprimantes 3D, les limites de la créativité semblent infinies. Voici l’ère du sur-mesure parfait, de la précision extrême, des nouvelles matières plus vraies que nature… Une révolution high-tech qui va transformer nos vies et le monde du luxe.


Serait-ce la « troisième révolution industrielle », comme l’avance le très sérieux magazine anglaisThe Economist ? Dans le monde glamour et feutré du luxe, le terme semble un peu « rugueux ». Et pourtant, il suffit de voir une imprimante 3D transformer en quelques heures n’importe quel dessin de designer en un objet trois dimensions, d’observer celui-ci prendre forme, couche après couche, là où sortait auparavant une simple feuille de papier, pour se rendre à l’évidence : il y aura bien, même dans le luxe, un avant et un après la révolution 3D. Aujourd’hui, on peut tout produire ou presque grâce à ces imprimantes du futur, apparues dans les années 1990 et promues depuis six ans par une poignée de fab labs (laboratoires d’innovation) dans le monde.

Tout, même une arme à feu, un stradivarius ou, comme la start-up californienne Organovo, des tissus humains (muscles cardiaques ou poumons). Mais aussi des robes à plumes en nylon, comme les sculpturales créations de la designer anglaise Catherine Wales, qui a exposé ses créations en juillet dernier au Design Museum de Londres. Ou encore, des robes-sculptures ou des corsets aux torsades d’une précision et d’une légèreté infinies, comme les imagine la surdouée Iris van Herpen, créatrice haute couture néerlandaise et chef de file de la mode version 3D. Et bientôt, des it bags en série ? Le raccourci peut sembler rapide.

Mais les observateurs savent bien que l’univers de la mode et du luxe, s’il s’inspire du passé, évolue sans cesse au contact des innovations technologiques (digital…). Et tous l’affirment  : le luxe devrait même être un des premiers secteurs à sauter dans le train de la révolution 3D. Dans une petite décennie, c’est-à-dire demain. Le luxe en mode reset ? Voyage vers un futur proche, qui nous mène au cœur de la matière…


http://madame.lefigaro.fr/

Grâce au procédé de scannage du corps, la designer Catherine Wales conçoit des pièces uniques.

Le monde en mode 3D

Impression forte


Comment imaginer un secteur qui tire sa réputation du fait main, de la qualité et de l’unicité de ses produits flirter avec une technologie visant à la (re)production de masse ? « Nous n’en sommes qu’au début du phénomène, souligne Clément Moreau, fondateur de Sculpteo, le plus gros fab lab français. Aujourd’hui, on peut réaliser en 3D des robes comme celle créée pour Dita Von Teese par le designer new-yorkais Michael Schmidt et l’architecte Francis Bitoni ou imprimer des sacs, des chaussures… Mais cela relève du coup médiatique et surtout du sur-mesure d’exception. Pour l’instant, ce que la 3D parvient à produire d’un seul tenant – et à plus grande échelle –, ce sont uniquement des produits en plastique, et personne n’a envie de porter des escarpins en plastique… » 

La 3D sert donc surtout aux marques à imaginer des objets en céramique (restituée à base de poudre d’argile), des prototypes ou des bijoux. « Dans les deux cas, elle permet d’élaborer des formes extrêmement complexes, qu’un artisan seul ne pourrait pas réaliser », poursuit Clément Moreau. Certaines maisons de la place Vendôme utilisent déjà ce procédé en haute joaillerie pour imprimer au micron près des moules ultra-sophistiqués, avec des effets d’entrelacs, de grilles ou de nid-d’abeilles. De grands noms d’art de la table y feraient également appel pour inventer de nouveaux prototypes. Mais les grandes prouesses de la 3D restent à imaginer. Et elles vont tirer le luxe vers le très haut de gamme.

« L’intérêt réel de cette technique ne résidera pas tant dans la reproduction d’objets que dans l’invention de nouveaux matériaux, assure Pierre Mallevays, ancien directeur des fusions acquisitions chez LVMH et aujourd’hui consultant spécialisé dans le luxe, à la tête du cabinet Savigny Partners. Nous serons bientôt capables de reconstituer du cuir sans tuer un seul animal. Cela aura des conséquences sur la filière bovine et une influence positive sur l’environnement (une vache consomme des litres d’eau et produit beaucoup de CO2), et la protection des espèces en voie de disparition (crocodiles, serpents…) ou tracées. »

Iris Van Herpen est une pionnière dans l’utilisation de l’impression 3D dans la mode (ici, les coulisses de son défilé printemps-été 2012.)

Le monde en mode 3D

Effet seconde peau


Autre atout : ces peaux seront produites sans défauts ou irrégularité, donc utilisables sans perte. Entièrement recyclables (le principe de base de tous les matériaux liés à l’impression 3D). Un détail important dans l’industrie du luxe jugée encore trop polluante. « La 3D va aussi repousser les limites de la créativité, poursuit Pierre Mallevays. On va pouvoir ajouter à ces nouvelles matières des composants organiques aux mêmes propriétés que la peau – et ainsi créer des tissus à effet seconde peau, des cuirs élastiques, transparents, qui protègent de la chaleur, du froid, qui bronzent ou qui évoluent avec le temps ! C’est bien pour cela que les marques auront toujours besoin des petites mains. Il ne faut pas imaginer un sac Hermès sortir d’une imprimante ! Il en sortira de la matière et il faudra toujours l’expertise des artisans pour le concevoir et l’assembler. » Assembler : tout tient dans ce mot.

Comme le souligne la créatrice Iris van Herpen, la première à véritablement utiliser l’impression 3D dans la mode, l’idée n’est pas d’imaginer des robes entièrement conçues en 3D, mais des pièces en édition limitée comme des sacs dont cent exemplaires posséderaient un fermoir imprimé en 3D (en argent, en or…), interchangeable à l’envi.

Mode, sculptures, bijoux l’impression 3D autorise à Iris van Herpen, Catherine Wales ou encore Rob Elford, les créations les plus complexes.

Le monde en mode 3D

Le luxe made at home  ?


Cette facilité d’accès aux dessins originaux, via les fichiers électroniques, pose évidemment la question de la contrefaçon. Va-t-on désormais pouvoir copier des sacs Chanel, Dior, Hermès, Vuitton… comme des fichiers MP3 ? Et comment, dans ce contexte, protéger la création ? Pour l’instant, les marques n’ont pas vraiment la réponse. « Le sujet du copyright est crucial pour elles, confirme Mathilde Berchon, consultante spécialisée vivant à San Francisco et auteur del’Impression 3D (éd. Eyrolles, 2013).

Toutefois la menace reste encore mesurée. Si des modèles d’imprimantes accessibles aux particuliers sont apparus (entre 100 et 1 500 euros environ), l’impression à la maison n’égale en rien la fabrication à l’usine : on peut répliquer des petits objets, majoritairement en plastique – bijoux, coques de portables –, mais guère plus pour l’instant. Et la production haut de gamme reste très onéreuse, concentrée entre les mains de trois grands acteurs dans le monde. Aujourd’hui, il est plus facile de copier un sac en cuir traditionnel dans un atelier clandestin que de se fournir les matériaux nécessaires à la réplique d’une impression 3D  ! » Pour lutter contre la contrefaçon, la meilleure réponse des marques de luxe restera encore et toujours… la créativité. « Plus les marques inventeront de nouvelles matières, et en protégeront la “recette”, plus celles-ci seront difficiles à copier, souligne Mathilde Berchon. On aura encore plus envie d’aller les toucher, de les découvrir en boutique.

L’expérience du client fera la différence : on peut imaginer qu’il pourra scanner une partie de son corps en magasin, via des iPads, et possédera ainsi un exemplaire unique. » C’est d’ailleurs à cette ­utilisation plus interactive que travaillent les inventeurs, conscients que le nouveau luxe est indissociable aujourd’hui du progrès digital.

Des articles de mode imprimés en 3D, exposés à Londre

(source)


According to the Fashion Space Gallery, “Layer by Layer is the first of a two-part series exploring digital print in fashion. This exhibition focuses on 3D printing and its potential as a tool for design. By outlining some of the processes, stages of development and materials involved in the printing of objects, this­ exhibition will demonstrate some of the most innovative uses of 3D printing in contemporary practice.”

Below are a few of the shows highlights:


The Melonia Shoe – Naim Josephi & Souzan Yusouf



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E_Style Shoes - Hoon Chung


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Pq Eyewear - Ron Arad


QUAND LA MODE S'IMPRIME EN 3D


Les artistes et les créateurs de mode s'emparent de l'imprimante 3D pour réaliser des oeuvres surprenantes. Le début d'une révolution.

(source)

La démarche est élégante. La jeune mannequin a chaussé une paire de talons aiguilles aux formes étonnantes. Les motifs, complexes, rappellent certaines lignes architecturales. Ces gracieux souliers créés par le Français Pierre Renaux ont été intégralement imprimés par une machine à deux doigts de bouleverser le monde, l'imprimante 3D. "Les artistes réfléchissent en permanence à ce qu'ils peuvent faire avec la technologie. Et avec l'imprimante 3D, les possibilités semblent infinies", confie Kerry Hogarth, fondatrice et présidente du 3DPrintshow, le salon de l'impression en trois dimensions qui a posé ses bagages à Paris mi-novembre.

Dans la salle caverneuse du Carrousel du Louvre, des dizaines d'artistes, de créateurs de mode et de stylistes ont exposé leurs oeuvres. Le salon est devenu la vitrine de cette technologie de pointe, encore confidentielle. L'imprimante 3D, "troisième révolution industrielle" selon les termes de "The Economist", s'immisce partout. Son utilisation est très simple. Il faut d'abord concevoir l'objet désiré sur un logiciel. Puis il suffit de cliquer sur le bouton "imprimer". La machine s'éveille et commence à créer l'objet, couche après couche. Il est ainsi possible de concevoir ou reproduire des oreilles bioniques, des bijoux, des costumes de cinéma et même une voiture.

Une création du 3DPrintshow