Citation

« On se demande parfois si la vie a un sens... et puis on rencontre des êtres qui donnent un sens à la vie.  »

de Brassaï

BRASSAÏ, LE PHOTOGRAPHE VENU D'AILLEURS

 

Né en 1899 à Brasso en Transylvanie, Gyulus Halasz qui prendra le

nom de Brassaï lorsqu'il commencera à photographier en 1929, vient

tout juste de fêter ses quatre ans lorsque son père professeur de

littérature l’embarque avec lui à Paris où il est invité à passer une

année sabbatique. Cette période d'enchantement miraculeuse reste à

jamais gravée dans la mémoire du jeune homme.

 

Cette fascination pour Paris amène Brassaï à rejoindre la capitale

française en 1924 après ses études d'art à Berlin. Il va rapidement

rencontrer Desnos, Prévert qui l’intègrent dans le milieu brillant des

artistes et intellectuels qui font la renommée des Années Folles à

Montparnasse et l'introduisent dans la nébuleuse surréaliste


Sa pensée s'attache insensiblement à transformer le réel en décor

irréel. Il recherche les objets les plus ordinaires et en détourne le sens,

ose les juxtapositions insolites et défamiliarise la perception en sortant

le réel de son contexte. Voici comment naîtra sa quête obstinée des

graffitis à partir de 1929.

SES AMITIÉS SURRÉALISTES

 

En 1932, Picasso impressionné par son travail, confie à Brassaï

la mission de photographier son oeuvre sculptée jusqu'alors

inconnue et qui doit être publié dans le premier numéro d'une

nouvelle revue d'art : Le Minotaure. Les deux artistes se

découvrent des goûts voire des fascinations communes qui

ont marqué leur oeuvre, telles l'atmosphère très féminine et dénudée

des Folies Bergères, ce qui n'est guère étonnant pour ces amoureux

des formes féminines, ou celle tout à fait mystérieuse des fêtes

foraines dans lesquelles règnent cartomanciennes et diseuses de

bonne aventure. Parmi tous ces spectacles, celui qui retient le plus leur

attention est certainement le cirque. Ils y retrouvent la beauté du

corps humain soumis à la virtuosité de l'effort physique, le dialogue

entre la bête et l'homme, le sens de l'équilibre et le goût pour le

mystère.

ANNÉES FOLLES ET VIRÉES NOCTURNES

 

A la même époque, Brassaï s’attache à traquer dans la lumière

nocturne de la ville un Paris insolite, inconnu et méprisé.

Au fil de ses longues déambulations qui le mènent seul ou en

compagnie d'Henry Miller, Blaise Cendrars ou Jacques Prévert, ses

complices qui attisent sa curiosité, il rend visibles les humbles

prostituées des quartiers “chauds” ou travailleurs de la nuit

aux Halles-, transforme la rigueur classique de l'architecture

parisienne en scènes étranges et fixe l'insolite beauté des silhouettes

fugitives, des illuminations aveuglantes ou les brouillards sur la Seine.


Ce flâneur impénitent décrit la ville suivant les points de vue qui lui

sont propres et que la lumière lui offre comme la vision panoramique

de Paris du haut des tours de Notre Dame, les reflets infiniment

répétés des arches de pont sur la Seine, la mise au carreau des Jardins

des Tuileries dessiné par l'ombre des grilles, les fleurs du marronnier

qui surgissent de la nuit telles un bouquet nuptial ou les apparitions à

peine révélées des “belles de nuit” dans les passages obscurs.

 

PARIS, BELLE DE JOUR

 

Arpenteur infatigable du Paris nocturne, Brassaï n’est pas insensible à

la capitale dans la lumière du jour. Il propose ainsi une vision tout à fait

personnelle du jardin du Luxembourg, chaise abandonnée ou lion

menaçant sous la neige, petits artisans - glacier, marchande de ballons,

photographe ambulant, jardinier balayant les feuilles ou statues

dévêtues.


Même empathie naturelle pour les berges de la Seine qu’il parcourt à

la rencontre des amoureux, des pêcheurs à la ligne, des sans-abris et

même des chiens. Il passe d'un quartier à un autre - Quartier latin,

Bercy, Auteuil, et dévoile les activités spécifiques à chacun. S'il

documente volontiers la vie réelle de ces espaces, il sait capter

"l'esprit" de chaque quartier de Paris : la foule élégante de la

rue de Rivoli, les badauds devant les magasins des Grands Boulevards,

les charbonniers le long de la Seine à Bercy, mais aussi la majesté des

monuments prestigieux, tour Eiffel, Arc de triomphe et surtout Notre-

Dame et ses gargouilles qu'il traque de jour comme de nuit. Ainsi, par

quelque côté que l'on examine son oeuvre, on y retrouve

Paris, toujours Paris.

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